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Surpopulation

Un tabou à briser

Vers quelle démographie devrait-on tendre?

29/4/2026

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Un contrôle efficace de la population mondiale ne peut se faire que dans le cadre des États et d'une coopération entre ces États . Ce sont les États qui détiennent le plus de pouvoir et qui représentent leur population sur le plan international vis-à-vis des autres États et populations. Par ailleurs, qu’ils soient démocratiques ou non, les États restent fortement influencés par leur opinion publique, par la société civile (notamment les ONG) et par les médias. Dans le cadre des Nations-Unies, il n’existe actuellement pas de gouvernance unifiée, ni même de dialogue entre les États membres sur des objectifs possibles en matière de population. La Division de la Population de l’ONU se borne à défendre les droits des femmes dans le domaine de la procréation, sans s’engager sur des objectifs en matière de natalité. Il est nécessaire d’aller plus loin et de lancer un processus international de négociation sur la démographie dans le cadre de l’ONU, comme cela est en cours pour le climat avec les COP, et de s’appuyer sur un groupe scientifique de type GIEC.

Pour préparer l’avenir, chaque pays devrait se fixer un objectif de stabilisation démographique à un niveau de population soutenable, à atteindre dans un délai donné puis à le conserver par la suite. Ce niveau devrait correspondre à sa capacité d’assurer un mode de vie satisfaisant, en préservant les ressources naturelles et sans avoir recours au pillage des ressources d’autres pays. Les situations sont très variables selon les pays. Si pour la France on se fixait par exemple un objectif entre 20 et 40 millions d’habitants, alors l'objectif pour la population mondiale, calculé en proportion, devrait se situer aux environs de 2,5 milliards. Pour illustrer cette variabilité, la figure suivante présente le niveau de capacité de production de nourriture de quelques pays en fonction de leur PIB par habitant.
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​On remarquera que la plupart des pays européens ont dépassé depuis longtemps le nombre d’habitants qu’ils seraient à même de nourrir en n’utilisant que leurs ressources propres. A l’inverse, beaucoup de grands pays en développement ont encore une capacité de production alimentaire qui dépasse largement la capacité actuelle de consommation de leurs habitants. Mais la situation de ces derniers n’est pas aussi avantageuse qu’il y paraît, puisque la faiblesse de cette consommation est due à la pauvreté de leurs habitants.  On assiste dans ces pays à un exode rural massif, lié à une très forte natalité dans les campagnes, avec une extension rapide des bidonvilles. Ces pays affrontent par ailleurs des difficultés importantes pour éduquer leur jeunesse afin d’en faire les travailleurs compétents, dont ils auront besoin à l’avenir. 

​La stabilisation démographique une fois obtenue, la pyramide des âges prendra une forme de tour, c’est-à-dire avec un nombre d’habitants par année de naissance pratiquement constant du début de la vie jusqu’à l’âge de 70 ans environ[1].  Au-delà de cet âge, une décroissance régulière assez rapide est inévitable avec le vieillissement. La Figure 1 schématise une telle pyramide, représentant une démographie stabilisée à un niveau fictif de 42,5 millions d’habitants. Pour que la démographie soit stable, le nombre annuel de naissances doit être dans ce cas de 500.000.


[1] Dans cette présentation schématique, nous faisons l’hypothèse d’une population ayant une durée de vie proche de ce qu’elle est aujourd’hui en France. Pour simplifier le raisonnement, nous ne tenons pas compte ici des décès avant l’âge de 70 ans, qui sont heureusement très peu nombreux, ni du rôle de l’immigration. Ces approximations n’auront que peu d’incidence sur le raisonnement mené dans ce chapitre. 

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​Figure 1: Répartition schématisée de la population (tous genres confondus) en fonction de l'âge dans le cas où la population d’un pays serait stabilisée à 42,5 millions d'habitants (la surface de la pyramide). Pour simplifier le calcul, on néglige ici la mortalité avent 70 ans, et on suppose qu’ensuite le nombre d’individus par classes d'âge décroît régulièrement pour arriver à 0 à l’âge de 100 ans. Une pyramide stable correspond à une natalité de 2 enfants par femme. La zone en grisé représente la diminution de population dans le cas de figure où le nombre annuel de naissances était réduit à 400.000 au cours des 30 années précédant l’année de cette pyramide, ce qui correspond à peu près à une natalité de 1,6 enfant par femme au lieu de 2 pour une pyramide stable, quel que soit le niveau de population total.
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Une démographie stabilisée impliquerait que la somme des nombres annuels de naissances et d’immigrants soit égale à la somme des nombres annuels de décès et d’émigrants. Ces deux nombres seraient alors égaux à celui à la population totale divisée par la durée de vie moyenne de ses habitants (85 ans dans notre hypothèse). Dans cette situation stable, l’équilibre serait assuré si chaque femme donnait naissance en moyenne à deux enfants, en supposant en première approximation que la mortalité infantile et que le solde migratoire[1] soient nuls.*

Pour de nombreux pays, notamment européens, la population actuelle est très supérieure à ce que serait une population soutenable. La décroissance implique donc une réduction temporaire (sur une ou deux générations tout de même) du nombre moyen d’enfants par femme et de l’immigration.  Si l’on veut parvenir à une pyramide des âges stable et soutenable avec un total de population inférieur au total actuel, il faut donc passer temporairement, pendant une ou deux générations, par une pyramide déséquilibrée au détriment des plus jeunes. La zone hachurée sur la Figure 5 représente à titre d’exemple le déficit de population en supposant qu’au cours des 30 années précédant l’établissement de cette pyramide le nombre annuel de naissances aurait été de 400.000 au lieu de 500.000, ce qui correspondrait approximativement à une fécondité féminine de 1,6 enfant par femme au lieu de 2.


[1] Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur un territoire donné (les immigrants) et le nombre de personnes qui en sont sorties (les émigrants) au cours d'une période spécifique, généralement une année.

Dans le cas de la France, le nombre de naissances était en 2025 année de 677.800, en baisse par rapport aux années précédentes. On enregistre depuis une dizaine d’années une diminution régulière du nombre de naissances, bien visible sur la figure. Selon notre simulation (Figure 1), un maintien de la natalité à ce niveau conduirait à une stabilisation de la population française aux environs de 58 millions d’habitants dans un peu plus de 70 ans. Il n’y a donc rien de dramatique dans la diminution de la fécondité féminine actuellement observée, ni aucune urgence à réagir.
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 Nous n’avons pas tenu compte ici des flux transfrontaliers, qui sont importants en nombre. En 2023 l’Insee recensait l’entrée de 347.000 immigrés. Le flux sortant n’est pas encore connu après 2021, année où il était de 123.000 départs. Dans une population stabilisée, le nombre des entrées devrait être égal au nombre des départs. Dans ce cas, la façon la plus simple de stabiliser les flux migratoires serait de s’assurer que pour chaque ressortissant d’un pays étranger s’installant en France, un ressortissant français s’installe dans son pays d’origine.

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